Les électeurs brésiliens départagent dimanche 25 octobre le président sortant de gauche, Luiz Inácio Lula da Silva, et le sénateur de droite Flávio Bolsonaro. Le dernier sondage de l’institut Datafolha, publié jeudi 22 octobre, les place à égalité technique, selon Reuters et France Télévisions.
Un écart plus mince que la marge d’erreur
L’enquête Datafolha, menée du 20 au 22 octobre auprès de 2 154 personnes, crédite Flávio Bolsonaro de 47 % des intentions de vote contre 46 % pour Lula, rapporte l’agence Reuters. Ramenés aux seuls suffrages valides, ces chiffres donnent 50,47 % au sénateur et 49,53 % au chef de l’État, précise Outre-mer La 1ère, la chaîne ultramarine de France Télévisions. Dans les deux présentations, la différence reste inférieure à la marge d’erreur de deux points : à la veille du scrutin, aucun des deux camps ne peut se prévaloir d’une avance réelle.
Cette incertitude prolonge celle du premier tour. Le 4 octobre, Flávio Bolsonaro avait déjoué les pronostics en arrivant en tête avec environ 47 % des voix (47,06 % selon France 24), contre 45 % pour Lula, d’après franceinfo et l’AFP. Les enquêtes d’opinion publiées avant ce vote donnaient pourtant un léger avantage au président sortant.
Deux profils, deux héritages
À 80 ans, Lula, cofondateur du Parti des travailleurs (PT), brigue un quatrième mandat après avoir dirigé le pays de 2003 à 2011, puis depuis 2023. Il fêtera ses 81 ans à la fin du mois. Face à lui, Flávio Bolsonaro, 45 ans, sénateur de l’État de Rio de Janeiro depuis 2019, est le fils aîné de l’ancien président Jair Bolsonaro. Ce dernier, inéligible, purge une peine de 27 ans de prison pour tentative de coup d’État et a lui-même désigné son fils pour porter les couleurs du camp conservateur, rappellent franceinfo et France 24.
Les deux hommes s’étaient affrontés lors d’un débat télévisé à São Paulo le 18 octobre. Ils partagent une caractéristique relevée par les enquêtes Datafolha depuis le début de la campagne : un taux de rejet élevé, près de la moitié des personnes interrogées excluant de voter pour l’un ou pour l’autre.
Coût de la vie, insécurité et corruption au cœur du duel
Lula met en avant son bilan social, tandis que son adversaire a fait de la lutte contre l’insécurité son principal argument. Le pouvoir d’achat, l’endettement des ménages, la criminalité et la corruption figurent parmi les préoccupations dominantes des électeurs, selon France Télévisions et France 24.
La campagne a aussi été marquée par l’affaire Daniel Vorcaro, du nom d’un banquier au cœur d’un vaste scandale financier. Flávio Bolsonaro est visé par une enquête liée au financement d’un film biographique consacré à son père et nie toute irrégularité. Le dossier éclabousse également la Cour suprême, notamment à travers des messages attribués au juge Alexandre de Moraes, figure honnie du camp bolsonariste pour avoir été le rapporteur du procès de l’ancien président.
Un scrutin observé de Washington à toute l’Amérique latine
Les soupçons d’ingérence américaine se sont imposés comme un thème de campagne. Au cours de l’été, les autorités brésiliennes avaient refusé la venue de responsables du département d’État qui entendaient aborder l’intégrité du système électoral, rapportent franceinfo et France 24. Washington dément toute volonté d’interférer.
Une victoire de Flávio Bolsonaro ferait basculer le plus grand pays d’Amérique latine dans le camp des gouvernements de droite et d’extrême droite déjà au pouvoir en Argentine avec Javier Milei, au Chili avec José Antonio Kast ou en Colombie avec Abelardo de la Espriella. Elle relancerait aussi la question du sort de Jair Bolsonaro : France 24 indique que son fils a promis de le gracier, tandis que des spécialistes interrogés par franceinfo anticipent des mesures d’amnistie pour l’ancien président et pour les émeutiers du 8 janvier 2023 à Brasília.
À l’inverse, une réélection de Lula le placerait face à un Congrès où la droite a renforcé ses positions lors des élections générales du 4 octobre, soulignent les analystes cités par les deux médias. Dans un pays coupé en deux, l’écart final pourrait se jouer, comme en 2022, à quelques centaines de milliers de voix.




