Au moins 68 personnes ont été tuées et plus d’une centaine blessées dans la collision de deux trains à grande vitesse, mercredi 28 octobre au matin, près d’Urda, dans la province de Tolède, à environ 150 km au sud de Madrid, selon les autorités régionales de Castille-La Manche citées par l’AFP. Le gouvernement de Pedro Sánchez a décrété trois jours de deuil national, et le ministre des Transports attribue l’accident à une décision « inexplicable » du centre de contrôle.
Un train de la Renfe percute un train Iryo à l’arrêt
Le choc s’est produit vers 8 h 53 sur la ligne à grande vitesse qui relie Madrid à l’Andalousie. D’après l’opérateur public Renfe, deux convois sont en cause : l’AVE 2080, qui transportait près de 400 voyageurs, et le train 6076 de la compagnie privée Iryo, avec environ 150 personnes à bord. Le train de la Renfe a heurté l’arrière de l’Iryo, alors immobilisé en pleine ligne droite. Plusieurs voitures ont déraillé et au moins quatre se sont renversées au pied d’un talus, selon la Garde civile citée par les médias espagnols.
Le président de la région, Emiliano García-Page, a fait état d’au moins 68 morts. Les autorités ont recensé 108 blessés, dont 58 hospitalisés, selon le décompte rapporté par l’AFP. La Garde civile a ouvert des points de prélèvement ADN pour identifier les victimes.
Une panne de signalisation, puis un ordre de redémarrage
Lors d’une conférence de presse mercredi après-midi, le ministre des Transports, Óscar Puente, a retracé l’enchaînement des faits. Vers 8 h 30, le système automatisé de signalisation LZB est tombé en panne, provoquant l’arrêt automatique de six trains dans le secteur, dont les deux convois accidentés. Quelques minutes plus tard, le centre de contrôle a autorisé le train de la Renfe à repartir. Celui-ci a parcouru environ 25 km en un quart d’heure avant de percuter l’Iryo, resté à l’arrêt.
« La décision de reprendre la circulation sans avoir résolu l’incident relève du centre de contrôle. Cette décision a été prise dans des circonstances inexplicables », a déclaré le ministre, qui a évoqué une « erreur » humaine, tout en assurant que le système ferroviaire restait « sûr ». Selon le quotidien El País, un contrôleur du gestionnaire de réseau Adif aurait ordonné une reprise à vitesse normale, alors que le protocole imposait une marche à allure réduite en l’absence de signalisation automatique.
Un choc politique à un mois des législatives
« Toute l’Espagne est en deuil », a déclaré Pedro Sánchez depuis le centre de coordination des secours, jugeant « inacceptable » que le pays subisse deux accidents de trains à grande vitesse la même année. « S’il y a eu des négligences, des défaillances du système de sécurité, on le saura et on répondra avec force », a ajouté le chef du gouvernement. Le deuil national court de jeudi à samedi.
Le drame survient en pleine campagne pour les élections législatives du 29 novembre. Le Parti socialiste et le Parti populaire ont suspendu leurs activités de campagne. Le chef de l’opposition conservatrice, Alberto Núñez Feijóo, a toutefois réclamé des comptes : « L’Espagne a le droit de savoir ce qui se passe avec ses infrastructures, dans quel état se trouvent les voies et les systèmes de sécurité. » Le roi Felipe VI a déploré « une terrible tragédie », et l’Union européenne s’est dite prête à apporter « toute son aide ».
Un réseau sous pression depuis Adamuz
Il s’agit de la catastrophe ferroviaire la plus meurtrière en Espagne depuis le déraillement de 2013 près de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui avait fait 80 morts. Elle intervient moins d’un an après la collision d’Adamuz, en Andalousie, le 18 janvier, qui avait coûté la vie à 46 personnes et relancé le débat sur l’entretien des voies. Le gouvernement s’était alors engagé à investir 1,8 milliard d’euros dans la maintenance du réseau.
Avec près de 4 000 km de lignes, le réseau espagnol à grande vitesse est le deuxième du monde après celui de la Chine. Les enquêtes devront établir précisément la chaîne de responsabilités entre la panne technique et l’ordre donné au train de la Renfe.




